Psycho: écouter, déculpabiliser et motiver
Le poids de la culpabilité
Le 06/02/2015 par Marie-Cécile Puissochet
Le sentiment de culpabilité vis-à-vis de la nourriture empêche de maigrir durablement, mais joue aussi un rôle important dans la prise de poids. Contrairement à ce que l'image de notre société tend à renvoyer, la minceur et le surpoids n'ont pourtant rien à voir avec des qualités morales. Alors comment ce cercle vicieux se met-il en place, comment le rompre et retrouver la sérénité face à son assiette ?
Publié le 27/10/2011
Mis à jour le 06/02/2015
Le poids de la culpabilité : un expression qui pour beaucoup n’est pas un vain mot, et se traduit directement sur la balance.
Ainsi de Danièle, fringante septuagénaire à la silhouette de jeune fille, qui se plaint pourtant d’un kilo en trop : « cela fait des années que j’essaie de le perdre, j’ai eu recours à toutes les diètes possibles, mais rien ne marche. » L’histoire de ce kilo maudit est éclairante : « c’est arrivé le jour où j’ai dû conduire ma mère, atteinte d’une grave maladie, dans une institution spécialisée, parce que je ne pouvais plus m’en occuper moi-même. Au déjeuner, nous avons mangé ensemble du poulet, et en rentrant, je me sentais très mal, et j’ai dévoré ce qu’il en restait jusqu’à en être malade. Le lendemain, le kilo en trop était là, et il n’est jamais reparti. »
La nourriture comme punition
La culpabilité, c’est à la fois le sentiment d’avoir commis une faute, mais aussi de mériter un châtiment. Cette punition, nous nous l’infligeons souvent nous-mêmes, à travers des conduites d’échec ou des mauvais traitements auto-infligés. Utiliser la nourriture pour cela, que ce soit en s’en privant exagérément ou en se gavant jusqu’à la nausée, en fait partie. Même si ces comportements sont ponctuels, ils induisent un rapport affectif perturbé à la prise alimentaire, qui acquiert une valeur morale inappropriée.
La sur-valorisation du contrôle alimentaire
Nous vivons dans une société qui privilégie l’image de la minceur et stigmatise le surpoids, au point d’y associer des caractéristiques morales négatives : paresse, laisser-aller, manque de volonté… Les minces, au contraire, sont crédités d’un dynamisme et d’une détermination certains puisqu’ils sont capables de contrôler leur alimentation ! En réalité, minceur et surpoids n’ont rien à voir avec de quelconques qualités morales : bien des facteurs rentrent en ligne de compte, comme le contexte socio-économique, l’éducation et surtout, l’image de soi.
Se sentir mal dans sa peau, seul ou mal-aimé, peut en effet conduire à utiliser la nourriture pour compenser un vide affectif. Or nous savons que ce comportement alimentaire est « mauvais », d’où une bouffée de culpabilité après chaque crise de compulsion, qui dégrade encore plus notre estime de soi, et nous pousse à manger toujours plus, sans faim, vite et mal… Car « quitte à mal faire, autant mal faire jusqu’au bout », se dit-on, avant d’enchaîner sur des restrictions fantaisistes le lendemain. Se fixer des objectifs de perte de poids irréalistes et s’imposer des régimes draconiens intenables sont également deux pièges que nous nous tendons trop souvent à nous-mêmes.
Le dogme du bien-manger
Les recommandations alimentaires – manger équilibré, sain, bio, local, équitable, fait maison, etc. – fleurissent continuellement dans les médias, et constituent autant de règles imprescriptibles que l’on se sent tenu de suivre, sous peine de culpabilité… Quitte à perdre l’appétit dans les rayons du supermarché à force de lire les étiquettes, et confiance en nos intuitions alimentaires. Pourtant, écouter sa faim et ses désirs au moment du repas, c’est le meilleur moyen de trouver rapidement la satiété, et de ne donner à notre corps ce dont il a réellement besoin et pas plus.
Comment rompre avec la culpabilité ?
Pour faire la part entre ce qui relève vraiment de notre responsabilité et les croyances irrationnelles qui servent de moteur à la culpabilité, Maxie Maultsby, professeur de psychiatrie au Howard University de Washington préconise une auto-thérapie visant à repérer une conviction irraisonnée, à la réfuter et à la remplacer par une pensée saine. Cette dernière, selon lui, répond à cinq critères :
- elle se fonde sur un fait objectif
- elle aide l’individu à protéger sa vie et sa santé,
- elle l’encourage à atteindre ses buts à court et à long terme,
- elle lui permet de résoudre ses conflits intérieurs,
- elle lui enseigne comment faire face à ses émotions sans avoir recours à une substance quelconque comme l’alcool, les médicaments ou la nourriture.
Trois exemples de pensées saines
Comprendre que la nourriture n’est ni un bien en soi, ni un mal, mais un simple moyen de fournir de l’énergie au corps et de satisfaire les sens, est un premier pas pour retrouver une juste distance émotionnelle face à l’assiette.
Après la nourriture punition, il y a aussi la nourriture réconfort, qui nous permet de faire face à nos émotions, comme le stress, la peine, le sentiment d’abandon, l’ennui… Faire un travail sur soi pour comprendre le lien entre ces ressentis et les prises alimentaires compulsives aide considérablement à limiter les grignotages.
Enfin, on croit volontiers que maigrir n’est qu’une question de volonté et qu’on peut avoir le corps de ses rêves si on le veut vraiment : c’est faux. On ne naît pas égaux en beauté, en taille, en capacités sportives… Ce constat est valable aussi pour le poids : certains ont un poids de forme – celui où l’on se maintient sans effort – plus élevé que d’autres, et lutter contre la nature pour se conformer à un idéal social est vain. En revanche, chacun est responsable de sa santé, de son plaisir et de la bonne image qu’il a de lui-même et qu’il donne à voir aux autres : apprendre à écouter ses sensations alimentaires, faire des repas des moments de plaisir, se mettre en valeur et s’ouvrir aux autres sont des jalons essentiels de la reconquête de l'estime de soi.
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